Utilisation humaine des algues, et historique de l'exploitation d'algues en Bretagne

Ce document n'étant pas réalisé par un spécialiste, et certaines informations pouvant dater, les lecteurs doivent se renseigner pour toute utilisation d'algues, entre autres à des fins alimentaires. Respectez la législation locale.

 


Utilisation humaine des algues



Valorisation alimentaire


Consommation de type légume


70% des algues récoltées dans le monde le sont pour la consommation de type légume, en grande partie en Asie. Dans cette partie du monde, la consommation d'algues est trop importante pour être assurée par la ressource naturelle. Depuis, de nombreuses années la culture a donc pris le relais, jusqu'à assurer environ 90% de la consommation.

On peut entre autres évoquer la Porphyra, ou Nori, qui est l'algue alimentaire la plus consommée dans le monde. Elle est séchée en feuilles carrées de 3g, et utilisée entre autres pour la confection des sushis. La production japonaise de Nori était de 9566 millions de feuilles en 1992. En comparaison, la récolte annuelle française se situe aux alentours de 50 tonnes en frais. Cette algue de composition intéressante (riche en acides gras polyinsaturés, en vitamines F et B12, ainsi qu'en provitamine A, de plus les espèces japonaises ont une teneur en protéine atteignant 40%) est produite par culture au Japon, mais pas en occident (donnée datant du milieu des années 90 comme tout le doc), même si le CEVA à mené des études de faisabilité de culture.

En Europe (toujours mi 90), la première algue de consommation type légume est l'ulve, à l'inverse des marchés asiatiques, où les algues vertes sont les moins représentées. En France, sa récolte est autorisée toute l'année, printemps et automne constituant les meilleures saisons. Toutefois, pour permettre une repousse rapide, il est conseillé de couper le thalle à 2 cm de sa base.


ULVE


Enfin, on peut évoquer l'Himanthalia elongata, ou haricot de mer, qui est surtout utilisé pour sa structure en lanière adaptée aux préparation de type légume. En 1990, les récoltes françaises atteignaient 140 tonnes, en faisant la deuxième algue à usage alimentaire la plus récoltée, après la laminaria digitata.


Autres utilisations alimentaires


Dès le XVII°, on sait que en faisant chauffer du chondrus crispus dans du lait, on obtient du flan aux algues.

Cette propriété de gélifiant chez de nombreuses algues (les gélifiants algaux sont appelés phycocolloïdes) est utilisée comme agent de texture dans l'industrie alimentaire (aussi en cosmétique...). Les algues représentent une alternative à l'utilisation des gélatines d'origines animales, moins utilisées depuis les scandales liés à la maladie de creutzfeldt Jacob.


On retrouve ces gélifiants algaux sous les appellations E400 à E407 dans notre alimentation quotidienne. Il y en a 3 grands types :


Les alginates (E400 à E405), extraits des algues brunes laminaires et fucales, comme la laminaria digitata, algue la plus exploitée en France (57157 t en 1991). La récolte, réglementée, a lieu entre mai et octobre. Elle s'effectue à partir d'un bateau, grâce à un bras hydraulique articulé se terminant par un double crochet. Cette extrémité tourne une fois plongée dans l'eau, et arrache ainsi les algues de taille suffisamment importantes. La grande teneur en iode de cet algue présente également un intérêt pour la préparation de compléments alimentaires.


LAMINARIA DIGITATA


Les agars (E406) sont extraites d'algues rouges telles la gelidium ou la gracilaria verrucosa. Cette dernière est exploitée à une hauteur de 370 000 tonnes fraiches par an, dont 130 000 tonnes par la culture, essentiellement réalisée en Asie (Vietnam, Thaïlande) et en Amérique (Chili, Caraïbes). Cette algue est également utilisée comme fourrage dans l'aquaculture de poissons et de mollusques, et comme amendement en agriculture.


GRACILARIA


Les carraghenanes (E407) sont extraits du chondrus crispus. En France, la récolte manuelle de cette algue est réglementée (de mai à octobre), et porte sur environ 5500 tonnes par an en frais.


CHONDRUS CRISPUS


Utilisation cosmétique et pharmaceutique


En dehors de leurs intérêts texturants certains alginates présentent d'autres intérêts. Ils sont entre autres utlisés pour des fonctions cicatrisantes et de pansements gastriques. De plus, les gélules pharmaceutiques contiennent de l'alginate, qui a pour avantage, d'être rapidement biodégradable et digeste.

A l'heure actuelle, de nombreuses recherches sont menées pour utiliser les algues à des fins médicinales, en particulier dans la lutte contre le cancer.


Utilisation dans l'agriculture


L'utilisation des algues comme amendement naturel riche en sels minéraux et oligo-éléments se fait depuis très longtemps.

Depuis la fin du XVIII° siècle, on utilise également le lithothamnium calcareum, ou maërl, pour réduire l'acidité des sols. Cette algue est récoltée morte, quand il ne reste plus que son « squelette » de carbonate de calcium. Cette espèce a une croissance très lente (2 à 4mm/an), et s'accumulent pour former des bancs sédimentaires épais de plusieurs mètres. La forte exploitation et la faible croissance de l'algue induisent la disparition de nombreux bancs.


MAERL


Les algues sont également utilisées pour nourrir des animaux (fourrage dans l'aquaculture, on espère beaucoup des algues en temps que compléments alimentaires dans l'élevage).

Enfin, les algues pourraient un jour remplacer les produits agro-chimiques. Des molécules extraites d'ascophyllum et de laminaria induisent en effet chez les végétaux supérieurs des mécanismes de de défense (production de substances protectrices). La récolte d'ascophyllum a lieu toute l'année, hors période de reproduction (avril). La coupe doit s'effectuer au moins 20 cm au dessus du crampon pour permettre une repousse plus rapide du thalle.


ASCOPHYLLUM


Autres défis futurs


Des études, entre autres menées au CEVA permettent d'espérer utiliser des microalgues comme biocarburants. Les microalgues représentent un gros intérêt pour la chimie fine en général.

Egalement, depuis plus de 20 ans, le CEVA travaille à rendre les bio-matériaux à base d'algues de plus en plus résistants. Cela permettrait à certaines industries de disposer de matériaux biodégradables avec des propriétés mécaniques intéressante. Entre autres, un constructeur automobile nord-italien s'était penché sur les travaux du CEVA en ce domaine.

La résistance des algues en font des sujets d'étude et de culture intéressants, mais la concurrence asiatique en se domaine est rude. Ce continent a en effet une avance considérable dans ces domaines

L'exploitation des algues semble promis à une forte progression, la problématique de leur protection sera un des défis majeurs de la protection de l'environnement ces prochaines années.



Historique de l'exploitation des algues en Bretagne


On retrouve de nombreux usages des algues depuis de nombreux siècles, entre autres en paillage, et dès le XIV siècle, directement sous forme d'amendement naturel. Dès le XVI° siècle, on brule les algues afin d'accélérer leur décomposition en éléments minéraux.

Le goëmon est également utilisé pour le chauffage, particulièrement dans les îles, où il n'y a pas d'arbre. Ainsi, un arrêté du conseil d'Etat signé Colbert, en 1687, confirme le privilège exclusif de la pêche du goëmon s'échouant sur leur grève aux habitants de Batz, et ce pour leur chauffage et le fumage des terres.

Dans certains endroits (Bréhat..) la bouse de vache y est mêlée pour le chauffage.


Utilisation de la soude pour l'industrie du verre


L'incinération du varech se fait dans des fosses de 8 à 10 m de long, sur 70 à 80 cm de large, dallées dessous et sur les côtés. Après 3h de cuisson et un malaxage on pouvait enfin former des pains de soude. Ceux-ci étaient en partie utilisés dans l'industrie du verre, où la soude abaisse le point de fusion de la silice.

Ainsi, le XVII° voit les débuts de la goëmonerie Bretonne, essaimé dans toute la région (Le Conquet; L' Aber Wrac'h, Plouecat, et Pleubian entre autres produisent de la soude.

Cependant, la découverte des mines de potasse en Alsace à la fin du XVII°, ainsi que la découverte (par Nicolas Leblanc, chimiste français en 1791) de la possibilité d'extraire du carbonate de sodium du sel de mer sonnent le glas de cette aire faste de l'économie bretonne.


L'ère industrielle de l'algue bretonne : la production d'iode


La découverte en 1811 par un autre chimiste français, Bernard Courtois, de l'intérêt antiseptique de l'iode va cependant sauver les fours à goëmon, et même développer de nombreuses usines sur la côte bretonne pour extraire l'iode indispensable à la fabrication de la teinture d'iode.

En effet, l'iode est présente dans certaines laminaires dans une proportion 1000 fois plus importante que dans l'eau de mer.

Cette industrie sera mise à bas par la concurrence chilienne. En effet, les mines de nitrate chiliennes produisent un résidu iodé, la teinture d'iode leur offre ainsi un débouché.


Le site de Pen-Lan, représente l'évolution de l'activité lié à l'algue en Bretagne


Ce site a ainsi été un lieu d'exploitation de la soude avant d'abriter une usine d'iode (où entre autres Mr James, industriel, trouva un nouveau moyen d'extraire l'iode des algues sans dissoudre leurs sels minéraux). Cette usine se met ensuite à l'extraction d'alginates, jusqu'à sa fermeture dans les années 70... Avant d'être occupé par le CEVA, qui étudie les algues et leurs cherche de nouveaux débouchés (biocarburants...)

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